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Par Gideon LEVY
15 octobre 2006


Le gouvernement Olmert vient de démontrer son engagement vers la droite extrême en faisant alliance avec le parti de Lieberman malgré les réticences de façade du parti travailliste. Gideon Lévy l’annonçait et l’analysait avant l’accord de coalition droite -travailliste /extrême droite dans Haaretz.

« Les pacifistes devraient appuyer l’entrée d’Avigdor Lieberman au gouvernement. L’opposition de plusieurs ministres travaillistes à cette ouverture est incompréhensible : car qu’est-ce qui changera au juste ? Israël se lancera dans une guerre superflue ? L’entreprise des colonies sera renforcée ? Le gouvernement rejettera la proposition de paix de la Syrie ? Le racisme à l’égard des citoyens arabes d’Israël va croître ? L’armée d’occupation se rendra cruelle envers les Palestiniens ?

Mais tout cela, le gouvernement, dans sa composition actuelle, nous le dispense déjà en abondance, et la participation de Lieberman fera seulement tomber le masque. Mieux vaut un gouvernement d’extrême droite avec Lieberman et sans masque, qu’un gouvernement sans Lieberman mais avec un masque aux allures de centre-gauche. Tout comme le combat risible contre les avant-postes « illégaux », qui entérine en fait toutes les autres colonies « légales », la lutte contre la participation de Lieberman a pour seule et unique visée de donner une apparence progressiste à un gouvernement d’extrême droite et de légitimer la participation en son sein du parti Travailliste. L’opposition d’Amir Peretz et de plusieurs de ses amis à l’entrée de Lieberman est dès lors frappée d’hypocrisie : ils sont déjà maintenant membres d’un gouvernement qui s’est lancé dans une guerre malfaisante, un gouvernement qui dit non à la Syrie, qui se montre cruel envers les Palestiniens et qui renforce les colonies.

Lieberman dit ce que beaucoup pensent. Son racisme et son nationalisme sont sortis de l’armoire alors que chez beaucoup d’autres, ils y restent enfouis tout au fond, tout en agissant sur leur esprit. Ils n’ont sur lui aucune supériorité morale. Quelqu’un d’ouvertement raciste et nationaliste vaut mieux que quelqu’un qui l’est secrètement, de manière cachée. Lieberman a aussi un programme bien organisé, contrairement à Ehoud Olmert, Benjamin Netanyahou ou Shimon Peres, dont nul n’a la moindre idée (et apparemment eux non plus) de ce qu’ils veulent faire demain matin. Lieberman a peut-être l’air d’un extrémiste pour des oreilles innocentes ou qui feignent l’innocence, mais en bien des matières, il dit exactement ce qu’Israël fait.

En 2001 déjà, Lieberman, alors ministre des Infrastructures, publiait son programme de cantons. Il proposait alors de diviser la Cisjordanie en quatre cantons sans possibilité de déplacement de l’un à l’autre. C’est exactement ce que fait effectivement Israël : faire éclater le cadre de vie dans les Territoires par une brutale séparation physique entre régions. Même sans Lieberman, un habitant de Naplouse qui veut rendre visite à son fils à Hébron se heurte à des obstacles quasiment insurmontables ; quant à voir son fils de Gaza, il doit se contenter d’en rêver. Lorsque Liberman a avancé sa proposition, certains se sont agités ; lorsque l’armée israélienne met la chose en œuvre, presque personne n’ouvre la bouche. Un Lieberman qui dit la vérité ne vaut-il pas mieux qu’un gouvernement Olmert qui vous roule ?

Lieberman a également expliqué comment parvenir à prendre militairement le dessus sur les Palestiniens : « En 48 heures, il y a moyen d’entrer dans tous les quartiers généraux, dans tous les tunnels, tous les dépôts d’armes, et il est alors possible d’aller au-delà, de passer au programme des cantons », avait-il déclaré en 2001 à Haaretz.

Or que tente de faire Israël à Gaza, bien que sans succès ? Israël liquide, tue, détruit, exactement dans cet esprit de « prendre militairement le dessus » imaginé par Lieberman.

L’entrée de Lieberman dans le gouvernement en fera tomber le masque aussi dans la relation avec le monde. A partir du moment où le chef du gouvernement a abandonné son idée de ‘convergence’, il ne lui reste de toute façon rien à proposer dans le domaine du politique. Lieberman montrera aux Palestiniens et au monde vers quoi le gouvernement actuel s’oriente réellement. Le monde saura et les Arabes sauront de la manière la plus claire que c’est un gouvernement nationaliste extrémiste qui est installé à Jérusalem et qu’il n’est pas porté à la paix.

Un sondage publié à la fin de la semaine par « Yediot Aharonot » et qui attribue à « Israël Beiténou », le parti de Lieberman, 20 sièges (seul le Likoud en obtient davantage dans le même sondage), révèle également la vraie orientation de l’opinion publique en Israël : plus à droite et plus extrémiste que jamais. Cela aussi, il vaut mieux que nous le sachions.

Quel long chemin nous avons parcouru depuis le moment où Meir Kahana était ostracisé au Parlement par la majorité des factions, jusqu’à ce que Lieberman devienne un candidat légitime au titre de « ministre à la Sécurité ». Lors des prochaines élections, on ne parlera plus de Lieberman comme d’un dirigeant marginal ; peut-être sera-t-il même un jour Premier ministre. On pourrait logiquement penser qu’un gouvernement d’extrême -droite dirigé par Lieberman devrait conduire à un boycott international à l’encontre d’Israël, exactement comme celui qui est imposé au gouvernement Hamas. Peut-être est-ce précisément une telle radicalisation effrayante qui amènerait enfin le monde à intervenir fermement afin de mettre fin au conflit.

Il n’est pas bien difficile de deviner comment Israël réagirait à l’entrée de quelqu’un comme Lieberman dans un gouvernement européen. Lorsque le raciste Jörg Heider est entré dans le gouvernement autrichien en février 2000, Israël a rappelé son ambassadeur et a suspendu tout contact avec des représentants du gouvernement autrichien. Mais ce qui est interdit à l’Autriche nous est permis et le monde, jusqu’ici, n’a pas sourcillé.

L’instinct naturel des pacifistes en Israël – qui les porte à s’opposer vigoureusement à un homme qui appelle au transfert de localités entières et à l’expulsion de tout citoyen qui ne serait pas « loyal » envers l’Etat, qui aspire à un Etat « nettoyé » des Arabes et qui ne connaît que le langage de la force – cet instinct se comprend. Dans la nomination d’un ministre aux conceptions fascistes se cache un grave dommage à la fois éducatif et social. Le fait aussi que Lieberman modèle dans une large mesure les conceptions de beaucoup de gens sur le million et quelques immigrants venus de l’ex-Union soviétique est une dure nouvelle pour la société israélienne.

Et malgré tout cela, mieux vaut un raciste déclaré que des hypocrites qui vous parlent peut-être de paix mais font la guerre. Lieberman au pouvoir ? Il y est déjà depuis longtemps. »

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