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Traduit par  Claire Ulrich

vendredi 16 janvier


Dans cette revue des blogs de Gaza couvrant le vendredi 16 janvier [traduction française mise en ligne samedi 17 janvier à 14 h heure de Paris], nous suivons [1] les attaques sur l’hôpital Al Quds, dans le quartier Tel al-Hawa de Gaza-Ville, avec une activiste australienne qui était présente sur les lieux à ce moment-là. Nous suivons également un blogueur et activiste italien, lui aussi présent dans cet hôpital, qui décrit un homme blessé, pris en charge par l’hôpital, qui ignore que sa fille a également été amenée dans cet hôpital, mais en morceaux.

Sharyn Lock, activiste australienne présente à Gaza Ville, écrit sur le blog [2] Tales to Tell [en anglais] :

Salut, j’ai 14 minutes de batterie sur mon ordinateur portable puisque j’ai été séparée du chargeur..…
merci à ma collègue de Manchester pour avoir transformé mes [3] appels téléphoniques incohérents en notes pour le blog  – toutes les infos sont un peu en désordre et j’espère pouvoir le rédiger bien pour vous bientôt (Quand?!)

en tout cas, en bref :

Mercr. nuit : de plus en plus [intense], plusieurs raids sur le quartier [4] Tel al-Hawa où est hôpital [Al Quds]  Je savais que c’était pour nous cette nuit, que quelque chose allait arriver. La moitié des ambulances et des soignants vers [hôpital]Al Shifa, gardé deux, mais devenu impossible de quitter le bâtiment, alors fais truc incroyable – me suis endormie.

Jeu. matin : réveillée avec confirmation que plusieurs attaques sur le bâtiment pendant la nuit mais pas de dégâts majeurs (pour expliquer : l’hôpital Al Quds est un complexe en réalité : les blocs médicaux/administration sont reliés au centre social, qui a aussi maternité et urgences dessous, niveau des souterrains, et qui communiquent avec le bâtiment du Croissant Rouge. Tous les bâtiments principaux de l’hôpital et le sous-sol ont été en dysfonctionnement depuis l’attaque initiale 27 décembre). Peu après m’être réveillée, je regardais par la fenêtre quand un obus est tombé à l’extérieur et a déclenché un incendie. Une troisième attaque a mis le feu près du service de pédiatrie, devant une autre fenêtre. Il a été éteint avec des pots et des récipients remplis au robinet de l’évier.

Jeudi-dans la matinée : deux frappes majeures – des roquettes – sont tombée à travers les murs sur la pharmacie de l’hôpital. Puis une autre est tombée à travers le toit du centre social et a causé des dégâts majeurs et un incendie. Les médecins ont réussi à le circonvenir. Au moment où je suis arrivée sur les lieux (je remplissais des seaux d’eau), ils nettoyaient les débris, et un secouriste était assis par terre, en train de pleurer.

Pendant que j’étais là, entendu crier, suis montée dans escaliers, ai découvert le secouriste S., couvert de sang, il venait d’apporter une petite fille de la rue que les snipers avaient blessée par balles au visage et à l’estomac. Nous avons vu son père s’écrouler sur les marches devant l’hôpital, il a été touché aux jambes. La mère paniquait, hurlait qu’il y avait une autre de leurs filles laissée derrière.  S., d’autres secouristes et moi-même sommes alIés la chercher, on l’a trouvée pas loin, S. l’a mise en travers de ses épaules et l’a portée jusqu’à l’intérieur de l’hôpital. Les autres secouristes et moi, on a réalisé qu’ils s’agissait juste du début d’un flot de gens désespérés qui fuyaient leurs immeubles, qui étaient en feu. Plus tard, j’ai aussi réuni des informations sur le fait que l’armée est rentrée dans de nombreux immeubles, qu’elle a pris tous les hommes, je n’ai pas encore de nouvelles sur ce qui leur est arrivé. Les gens venaient à l’hôpital parce qu’ils croyaient que ce serait plus sûr, alors, par crainte des balles des snipers,  nous sommes sortis pour les escorter avec nos gilets RC [Red Crescent, Croissant Rouge]  […] bref, environ  600 personnes dans hôpital, tanks visibles durant nos sorties d’urgence, quelques heures plus tard, avons fait “évacuation à pied” de l’hôpital, car pas de moyens pour tant de gens, nous et d’autres équipes sommes revenus à l’hôpital car blessés toujours là bas et de nouvelles familles sont arrivées pour trouver un abri, mais après, un autre missile a frappé le bâtiment du milieu qui a pris feu, gravement, le feu s’est propagé à toute vitesse, le personnel s’est occupé de l’incendie jusqu’à ce qu’ambulances arrivent, ont évacué tout le monde, même avec les lits, dans les rues, dans l’obscurité, avec encore des tirs et des explosions…

Eva Bartlett, une activiste canadienne, sur le blog [5] In Gaza:

Les avions israéliens viennent de bombarder une cérémonie funèbre dans une école, à   [6] Shuja’iyya-est, à l’est de Gaza Ville. Il y a quelques minutes, alors que parents en deuil d’une autre personne récemment tuée par Israël essayaient en vain de dire adieu à leur mort. Au moins dix sont maintenant aussi morts. Tout est vain ici : respirer (inhaler des substances chimiques), courir et chercher un  refuge (pas de refuge possible), condamner les crimes de guerre d’Israël (ce que le pourtant très diplomate, très policé, John Ging [directeur des opérations de l'[7] UNRWA (ONU)] a fait], en effet, condamner le bombardement d’une école de l’ONU d’abord, ensuite les bombes chimiques  – phosphore blanc, à dit John Ging – sur le siège de l’ONU, et sur ses réserves de nourriture pour les réfugiés de Gaza). Tout est vain, espérer, être en deuil, être admis dans les hôpitaux (l’hôpital de Wafa a été bombardée évacué, et re-attaqué ; l’hôpital de al Quds a été bombardé à répétition hier, l’incendie s’est prolongé tard dansla nuit, ce qui a nécessité l’évacuation- avec le danger des tanks israéliens qui rôdaient, et des snipers qui tenaient en joue – et – bien sûr – rester chez soi et espérer que les missiles ne frapperont pas.

[8] Vittorio Arrigoni est un activiste et blogueur italien, qui publie le blog [9] Guerrilla Radio. Il décrit sa rencontre avec un blessé à l’hôpital :

Deux bombes qui sont tombées sur la maison de Ahmed Jaber ont obligé sa famille à fuir, mais trop tard. Une troisième explosion a enterré sept membres de sa famille sous les décombres, dont deux enfants, de huit et neuf ans, ceux de ses voisins. Il dit : “Nous avons été forcés de revenir en 1948.  Ceci est la punition pour notre attachement à notre terre. Ils peuvent arracher mes jambes et mes bras de mon torse, mais ils ne réussiront pas à m’arracher à ma terre”. Un docteur m’a pris à part et m’a confié que la fille d’Ahmed, 7 ans, est arrivée à l’hôpital en morceaux, et qu’elle était dans une petite boîte en carton. Ils n’ont pas eu le courage de lui dire, ils ne veulent pas que ça aggrave son état, déjà critique.

Le 15 janvier, nous avons[10] présenté Nader Houella, qui gère le blog collectif Moments of Gaza, et qui avait temporairement perdu contact avec l’activiste et blogueuse libanaise Natalie Abou Shakra, qui vit à Gaza-Ville. Depuis, elle a réussi à publier des mises à jour sur le blog, que vous pouvez lire [11] ici et [12] ici. L’extrait suivant est tiré d’un billet qui vient d’être publié, mais qui a été rédigé le [13] 10 janvier :

Quelqu’un m’appelle et me dit qu’ils veulent publier mon article…ils disent qu’ils me donneront de l’argent…de l’argent pour la tragédie des gens ? C’est pour cela que je suis venue ici (à Gaza), je suis venue et j’ai dit, je n’ai rien à voir avec les journalistes et le journalisme…s’il vous plaît, envoyez votre argent aux bons endroits, à des associations qui militent pour le boycott des produits israéliens … envoyez votre argent au [14] PCCHR (Croissant Rouge): au Centre Palestinien pour les Droits Humains…Je ne veux pas vous dire où envoyer votre argent…vous n’avez même pas à faire ça … ce qui est le plus important est votre activisme…votre voix, cassez le silence, manifestez…votez ! Et s’il vous plaît, ne parlez pas de couleur de peau, de race, au masculin ou au féminin…faites-en quelque chose pour la morale et la justice…et bien sûr, la politique étrangère…

Nous concluons cette revue de blogs avec un blogueur qui se trouve à l’extérieur de Gaza-Ville. Mutasharrid (‘sans-abri’ ou ‘vagabond’ en arabe) se trouve à Khuza’a, à l’est de [15] Khan Yunis, dans la partie sud de la bande de Gaza.  Il s’agit d’une zone qui a subi de nombreuses attaques israéliennes au cours des derniers jours, ce qui a obligé Mutasharrid à évacuer sa maison, devenant pour le coup réellement [16] sans-abri :

Au moment même où nous avons quitté notre maison de Khuza’a
Nous sommes devenus des personnes déplacées
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