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Photo du livre "Palestine 141"

Photo du livre "Palestine 141"

Par François Legeait,

auteur de « Palestine 141 »

le 10 janvier 2009


« Vendredi : deux semaines que dure l’opération israélienne dans la bande de Gaza. Plus de 800 morts, dont, selon les décomptes de l’ONU, au moins 267 enfants – l’ONU dont le projet de résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat a été rejeté. L’opération se poursuit donc, s’intensifie même. L’américaine Condoleeza Rice justifie les massacres de civils par l’impossibilité pour Israël de frapper les « terroristes » sans causer de dommages collatéraux dans un territoire aussi densément peuplé (et n’hésite pas, pour justifier l’énormité du bilan, à accréditer la thèse israélienne, encore plus énorme, selon laquelle les combattants du Hamas ont recours à des boucliers humains).

Assez d’hypocrisie ! Tout le monde connaît le contexte de Gaza. Il ne vient donc à l’esprit de personne que la méthode employée n’est pas adaptée à la situation ? En larguant des bombes d’une tonne sur les quartiers d’habitation, Israël massacre sciemment des civils par centaines. Incidents, dérapages, erreurs de tirs, malentendus assassins, regrettables dysfonctionnements et dommages collatéraux ne sont pas des exceptions mais la règle, cynique, de l’armée israélienne. Ils traduisent un mépris total de la vie humaine. Or, « toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme » (Camus). Israël se veut l’état de tous les Juifs du monde (y compris donc de citoyens de plein droit d’autres pays), mais discrimine, opprime et tue, à l’intérieur du territoire qu’il contrôle (difficile de parler de frontières), ses citoyens non-juifs. Israël est un état communautaire, fasciste et criminel.

Israël rejette donc la résolution de l’ONU (résolution votée par 14 voix sur 15 et 1 abstention : les USA). Raison invoquée : l’exigence que le Hamas ne soit plus en mesure de frapper son territoire. Il faut d’abord « assurer la sécurité d’Israël ». Si l’on s’en tient à cette conception, Israël ne sera – peut-être – en sécurité que le jour où le dernier Palestien aura disparu de Palestine. Israël exige ni plus ni moins que pouvoir agresser, occuper, opprimer, coloniser et tuer tout un peuple sans avoir à affronter une quelconque résistance. Et qu’en est-il du droit des peuples à se défendre ? Il serait temps de cesser de considérer la légitime résistance (« légitime défense ») du peuple palestinien comme une agression terroriste, et ceci quels que soient les formes qu’elle prend, les moyens qu’elle emploie. Ou qu’elle est contrainte d’employer. Quel choix lui est laissé ? A-t-elle le choix des armes ? A-t-elle les moyens de pratiquer, non pas une guerre propre (çà n’existe pas), mais une guerre médiatiquement présentable, « politiquement correcte » ? Assez d’hypocrisie ! Israël ne s’est pas retiré de Gaza en 2006 pour libérer les Gazaouis dans un grand élan humaniste, mais comme on sort d’une cellule avant d’en refermer la porte sur les prisonniers pour les y laisser crever lentement.

Notre responsabilité collective est grande dans ces massacres. C’est parce que nous les avons abandonnés à leur sort que les Palestiniens en sont arrivés là. Quand nos médias parlent-ils des manifestations pacifiques (violemment réprimées par l’armée israélienne), ou des nombreuses associations palestiniennes qui oeuvrent pour la paix et la démocratie ? Conformément aux normes européennes en vigueur : jamais. « Guerre contre le terrorisme » et maintien de l’ordre obligent. Le Proche Orient sert bien les intérêts de nos gouvernements (et de nos entreprises, comme Alsthom et Véolia, qui construisent le tramway de Jérusalem sur des terres occupées illégalement). En ne parlant de la résistance palestinienne que pour dénoncer ses travers, nos media encouragent ces derniers, car ils deviennent dès lors pour elle la seule façon de faire entendre sa voix. Et ce sont ces efforts désespérés d’un peuple exsangue qui servent les desseins colonialistes d’Israël, en lui fournissant le prétexte à de nouveaux massacres – crimes de guerre qu’à son tour la communauté internationale encourage en ne les dénonçant pas, en ne les sanctionnant jamais.

« Nous serions la sentinelle de la civilisation face à la barbarie » écrivait Hertzl, le père du sionisme, en 1900. Plus d’un siècle plus tard, les mentalités n’ont pas évolué. Mais la barbarie, elle, a changé de camp. Cessons d’incriminer la victime et de défendre l’agresseur – même s’il nous ressemble comme un frère. La résistance palestinienne est normale, elle est légitime ! Qui des deux est le barbare ? L’état colonialiste qui massacre volontairement des civils, y compris des enfants par centaines, ou la résistance désespérée d’un peuple qui se bat pour sa survie ? Le Hamas est arrivé au pouvoir démocratiquement, ne l’oublions pas, malgré les incessants rappels à son « coup de force » de 2007. Ce coup de force n’a eu lieu que parce que le Fatah, soutenu par Israël et la communauté internationale, a refusé de rendre les rennes du pouvoir au parti élu par le peuple. Un peuple qui n’a d’ailleurs pas forcément choisi le Hamas pour ce qu’il est, mais plutôt pour ce qu’il incarne : la poursuite de la résistance, n’en déplaise à ceux qui n’ont pas ce courage.

Cessons aussi d’accuser le Hamas de tous les maux qu’endure la population palestinienne. D’abord, parce que c’est le peuple lui-même qui a choisi le Hamas comme son représentant. Le Hamas n’est donc en cela que l’émanation, la représentation de la population et de la résistance palestiniennes. D’hommes, de femmes, et d’enfants. De vies de chair et de sang. Ensuite parce que ce n’est pas le Hamas qui tue les Palestiniens, mais bel et bien l’armée israélienne. Prétendre que le Hamas est la cause des atrocités que subit le peuple palestinien est faux et malhonnête. Ce n’est qu’en cessant d’opprimer ce peuple qu’Israël mettra fin à sa résistance ; qu’en levant le siège de Gaza qu’il mettra un terme aux tirs de roquettes sur son territoire et sur sa propre population. S’il ne le fait pas, c’est que telle n’est pas sa priorité. Quelle stratégie, quel objectif poursuit-il alors ?

Le Hamas pour sa part se dit « pas concerné » par la résolution de l’ONU. A-t-on le droit d’exiger des Palestiniens qu’ils cessent de se défendre ? Et qui le fera pour eux, puisque nous en le faisons pas ? Demande-t-on à une personne que l’on est en train d’étrangler de cesser de se débattre pour ne pas contrarier son assasin ? Tant que nous refuserons d’admettre qu’Israël n’est pas l’agressé mais l’agresseur, jamais des négociations ne pourront aboutir à une paix juste et durable. C’est une erreur et une hypocrisie que de poser en préalable la « sécurité d’Israël ». Quelqu’un a-t-il pensé (osé penser !) à exiger d’abord la sécurité des Palestiniens ? La fin de l’occupation et de la colonisation ? La résistance palestinienne ne frappe Israël que pour défendre son territoire, ou tout du moins ce qu’il en reste. Jamais la « solution à deux états », option diplomatique rarement remise en question (et pourtant quasiment inappliquable concrètement tant les positions sur le terrain sont inextricables), jamais cette option ne sera viable, tant qu’Israël restera cet état communautaire, fasciste, illégitime, établi et maintenu sur une terre usurpée par la force des armes et le soutien de l’étranger.

Israël doit se réformer. Changer ou disparaître. Cela demandera des efforts et exigera une honnêteté intellectuelle et un courage politique peu répandus par les temps qui courent. Mais il n’y a pas d’autre voie vers une paix juste au Proche Orient. Et le jour où Israël sera vraiment devenu un interlocuteur pour la paix, une paix réelle, pas un simulacre, pas une manipulation, ce jour là seulement les conditions seront réunies pour que devienne enfin possible cette solution à deux états. Et ce jour là, paradoxalement, cette solution ne sera plus nécessaire, parce qu’alors un état unique, laïc et démocratique, pourra exister sur tout le territoire de la Palestine. Les Palestiniens eux-mêmes n’y sont pas hostiles. Mais qui d’autre ?

En attendant ce jour, vive la résistance du peuple palestinien ! »

http://www.europalestine.com/spip.php?article3600

François Legeait, auteur de « Palestine 141 »

En vente à la Librairie Résistances (angle du 40 rue Guy Môquet, M° Guy Môquet. Ligne 13. http://www.librairie-resistances.com )

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