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Stop the madness

Stop the madness

Tandis que les frappes israéliennes sur Gaza se poursuivent, dans cette revue des blogs de Gaza mis à jour, nous sommes informés des pénuries de nourriture, de la frustration d’être emprisonné dans sa propre maison, de l’humour des secouristes palestiniens – et de la question d’un petit garçon : “Maman… Pourquoi les soldats israéliens ne réfléchissent pas avant de tirer sur les gens ?”.

Une mise à jour du photo-reporter palestinien Sameh Habeeb sur son blog Gaza Strip, The Untold Story (en anglais) :

« J’ai reçu trois appels anonymes, m’intimant l’ordre d’arrêter de publier sur ce blog, sinon je serai tué. J’ai l’intention de continuer. »

Laila El-Haddad, sur son blog Raising Yousuf and Noor (en anglais), relate chaque jour ses conversations téléphoniques avec ses parents qui vivent à Gaza [depuis les Etats-Unis]:

« Pour la première fois depuis des semaines, ils ont eu quelques précieuses heures d’électricité aujourd’hui. Et les choses leur semblaient “normales”, sous la lumière des ampoules, quand le frigo s’est remis à bourdonner. Ils ont saisi l’occasion pour tchater avec moi sur la messagerie électronique instantanée Skype. Il voulaient me parler tout le temps, pendant des heures, tout au long de la matinée (pour mon fuseau horaire), à propos de rien en particulier, avant d’être replongés dans l’obscurité et la terreur une fois de plus. Après avoir parlé à son grand-père, Yousuf m’a regardé et m’a demandé, de cette façon préremptoire qu’il a de poser des questions sur toutes les choses de ce monde, grandes et petites : “Maman…Pourquoi les soldats israéliens ne réfléchissent pas avant de tirer sur les gens ?”

Mohammed Ali, qui travaille pour l’ONG Oxfam, a écrit sur le blog d’Oxfam, depuis son domicile de Gaza-ville (en anglais):

« Aujourd’hui, je me suis aventuré hors de mon quartier pour la première fois depuis que ce cauchemar a commencé. Alors que je disais au revoir à ma femme, je sais que nous pensions tous les deux la même chose, que c’était peut-être la dernière fois que nous nous voyions. Quand j’ai fermé la porte derrière moi, j’ai entendu mon gamin sangloter. Juste au moment où je sortais, j’ai appris que le gouvernement israélien avait décrété une trêve de trois heures des combats. Je me suis demandé ce que nous pouvions faire en trois heures. Les banques sont fermées et le gouvernement israélien restreint les envois d’argent de l’étranger vers Gaza, les magasins sont fermés ou leurs rayons sont vides, les gens doivent maintenant faire la queue pendant six heures juste pour une miche de pain…ou rien… les marchés ont très peu de choses, les gens ne peuvent pas se permettre les prix élevés, le réseau d’eau ne marche pas, les gens ont peur de sortir de chez eux, les routes sont bloquées…Qu’est-ce que ça fait comme différence dans la vie des gens, trois heures ?  […] [Du temps] pour enterrer les morts ? Personne ne pourra jamais plus nous rendre les vies que nous avons perdues durant ce conflit, mais on peut toujours donner à ceux qui vivent encore le temps d’avoir une vie [quotidienne] décente. »

Le professeur Saïd Abdelwahed, qui enseigne l’anglais à l’université de Al-Azhar (voir nos éditions précédentes), a écrit sur le blog Moments of Gaza (en anglais) :

A Gaza, la nuit dernière a été tellement horrible, avec plus de 60 raids aériens, ajoutés au pilonnage non stop par les tanks et l’artillerie sur différents endroits, partout ! Aucun lieu n’est sûr à aucun moment, à Gaza ! Les mots ne réussissent vraiment pas à décrire les horreurs que nous avons vécu ces jours-ci.

Eva Bartlett, une activiste canadienne présente à Gaza, qui publie [ses chroniques] sur le blog In Gaza (en anglais) :

Après avoir fini un tour de garde avec le PRCS [Croissant Rouge Palestinien] hier matin [jeudi 8], nous sommes allés à l’école Fakoura [école de l’ONU bombardée], pour voir et entendre ce qui se passait. Les prières avaient lieu dans la rue, devant l’école. J’ai vu des réunions de prières en extérieur, en Palestine, en Egypte. Mais maintenant, quand je vois une masse de gens qui prient, devant l’hôpital Shifa, dans les rues de Jabliya, je pense aux mosquées qui ont été bombardées, aux vies perdues, aux sactuaires détruits. Et hier, j’ai pensé à la perte de tout asile. La douleur était évidente, comme l’indignation : “Où sommes-nous supposés aller ?” a demandé un homme. “Combien de morts seront suffisants ? Combien ?”. C’est la question qui résonne dans mon esprit depuis les attaques du 27 décembre. […] Nidal, un secouriste du Croissant Rouge, a raconté qu’il se trouvait à l’école Fakoura quand elle a été bombardée. Son oncle et sa tante vivent à côté, il était passé rendre visite à des amis à l’école. “J’étais là, en train de parler avec des amis, pas loin de là où deux des missiles sont tombés. Les personnes qui se trouvaient entre les missiles et moi ont été des boucliers. Elles étaient déchiquetées. Environ 20 personnes”, il a dit.

Natalie Abou Shakra, une activiste libanaise à Gaza, sur le blog Moments of Gaza [en anglais]:

Le docteur As’ad vient de revenir en disant qu’il n’y a pas de pain. C’est officiel, nous n’avons plus de pain. Sitt [Madame] Wafaa m’a dit qu’elle avait mis du vernis à ongle. Elle dit qu’elle avait un peu honte, qu’elle l’avait fait juste pour se sentir mieux. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, et qu’à partir de maintenant, toutes les deux, on se pomponnerait autant que possible. Je lui ai dit que j’allait mettre du kohl, par solidarité avec son vernis à ongles. […] J’en ai marre à la fin ! Nous sommes dans un holocauste, un massacre de masse, la dévastation et la destruction de l’humanité, la mort et les massacres…Je commence à être à court de mots du dictionnaire pour qualifier la mort et la terreur que les Israéliens ont organisées pour nous : Libanais et Palestiniens !
Ils nous ont envoyé du pain aujourd’hui…Il était moisi. Le docteur As’ad m’a dit que le docteur Haidar mange du pain moisi. “Il dit que la moisissure sert à faire de la péniciline. Donc, ça doit être OK.” Il plaisantait. Donc, nous allons chauffer le pain sur la gazinière, pour que le goût du moisi soit moins fort, et manger.

Dans une autre mise à jour, Natalie écrit [en anglais]:

Le Docteur As’ad revient après être sorti chercher des provisions. Il nous dit qu’il n’y a pas de légumes, pas de fromage, pas de lait et pas de pain près de chez nous…Donc, nous décidons de tenir un compte des types et quantité d’aliments à manger par jour… […] Je suis sortie sur la véranda. C’était la première fois depuis que le massacre a commencé que je sortais sur la véranda. […] Le ciel était pur, sans nuages et le soleil brillant comme jamais il n’avait brillé, pour moi…Le soleil devenait si précieux, et j’ai réalisé que je ne l’avais jamais autant apprécié que maintenant…Il chauffe mon corps froid. Abdel Aziz a serré sa mère dans ses bras alors qu’elle s’appuyait contre le mur [de la véranda]. Nous avons regardé le soleil qui brillait sur tous les ravages. J’aurais souhaité à ce moment que le monde entier soit avec nous, qu’il regarde. Nous sommes restés à l’extérieur environ trente minutes, après quoi, ils ont bombardé près de Hay [le quartier de Hay el Zaytoun]  (les tanks tirent sans arrêt alors que je tape ça). Nous avons vu l’hélicoptère Apache quand il s’est approché, après avoir bombardé. (Où est mon bazouka ?). Je portais mon pyjama rose, et j’ai eu peur que les Israéliens me prennent pour quelqu’un du Hamas. (Vous vous souvenez ? Les Israéliens ciblant les enfants en pyjamas, sur les ânes…. Je me tiens à bonne distance des ânes, et il en a beaucoup maintenant à Gaza, depuis qu’il n’y a plus d’essence…et l’âne prouve à nouveau son efficacité dans l’Histoire ! Les ânes de Gaza sont si courageux. Maintenant, les ânes sont des martyrs, à Gaza). Mon pyjama est rose. Est-ce qu’il existe des roquettes Qassam roses ? Verifiez s’il vous plaît, et j’arrêterai de porter des pyjamas roses. Je ne peux pas compromettre la sécurité de ma “famille” (famille adoptive ?).

Sharyn Lock, une activiste australienne à Gaza, écrit sur le blog Tales to Tell [en anglais]. Elle participe au travail des volontaires de l’hôpital As Quds :

Ces gens ont une force collective qui me stupéfie. Les secouristes sont de vrais comiques : la nuit dernière, l’un d’eux m’a soigneusement expliqué qu’il ne s’inquiétait pas de mourir d’un cancer du poumon, car il faisait très attention à ne pas acheter la marque de cigarettes où il y a une photo d’un homme en train de mourir d’un cancer du poumon sur le paquet. Plus tard, un des ambulanciers nous a jetés du centre des opérations pour pouvoir laver par terre. Il faisait froid dehors, alors nous piétinions devant la porte, en attendant de pouvoir rentrer, mais il criait en arabe l’équivalent de : “Ne salissez pas mon beau sol tout propre avec vos chaussures dégoûtantes !”. A la fin, il a mis en faction devant la porte le secouriste le plus baraqué pour monter la garde ;  qui a pris position, les bras croisés, en faisant une très bonne imitation d’un videur de boîte de nuit. J’ai suggéré que quand les Israéliens arriveraient ici (les tanks bombardent à deux kilomètres d’ici maintenant), lui soit confié la tache de les tenir à distance du centre opérationnel. Il nous a assuré qu’il était à la hauteur du job. Ces gens ont perdu des parents et des amis au cours des derniers jours, et font face au risque de mourir tous les jours. Mais les Palestiniens ont une espèce d’accord collectif tacite et silencieux –  tout le monde doit continuer, pour tous les autres – je ne sais pas ce que ça fait à leur santé mentale : mais là encore, je ne sais pas quel autre choix ils ont.

Abu el Sharif écrit sur le blog Shajar El Ba6a6a [en arabe] :

Que puis-je dire, sérieusement ?
Merci Dieu pour tout, deux semaines à ne rien faire à la maison…Au moins, les Jeunes Dormants de la caverne (18e sourate) dormaient, eux…Mais nous sommes éveillés et nous regardons, même si le monde s’assombrit autour de nous.

Louisa Waugh a écrit pour le New Internationalist sur le Gaza Blog (en anglais):

Cela m’a pris une éternité pour joindre Aham chez lui, au camp de réfugiés de Jabalya, au nord de la bande de Gaza. Le téléphone ne marche pas la plupart du temps, et même quand il marche, le réseau est saturé par les Palestiniens qui tentent désespérement de joindre leur famille et leurs amis à l’intérieur de Gaza. Au bout de deux jours, j’ai finalement réussi à joindre Adham sur son numéro fixe, chez lui, pour lui demander si lui et sa famille allaient bien. ‘Nous sommes toujours vivants” a-t-il dit. “Mais tu ne croirais pas ce qu’on traverse. Je n’ai jamais rien entendu ou vu quelque chose comme ça”.
[…] Quand les soldats israéliens ont envahi le nord de la bande de Gaza le 4 janvier, après huit jours de bombardements de toute la bande de Gaza, ils ont conduit les tanks et les snipers à Jabaliya, et ils ont commencé à pilonner et à tirer pour tuer. Adham et sa famille sont bouclés dans leur maison, au milieu du camp. “Nous sommes prisonniers dans nos maisons depuis douze jours maintenant” dit-il. “On ne peut pas partir – c’est trop dangereux”. Il me dit qu’il ne s’est pas éloigné de plus de cent mètres, dans sa rue, depuis le 27 décembre. […] Adham espère juste vivre pour assister à la fin de cet enfer. ‘Dans mes pires moments, je me demande si je ne m’en fiche pas, de mourir”, il dit. ‘Parce qu’au moins, alors, je n’aurai plus à faire face à ce qui va nous arriver ensuite”.

Source http://fr.globalvoicesonline.org/2009/01/10/1486/


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